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"Stop ! Je marche pour aller mieux"



Interview méconnue avec Michel Menu quelques mois avant sa mort :

La figure de Michel Menu (1916 - 2015) traverse le vingtième siècle en laissant derrière elle une trace de lumière. Responsable des scouts de France, fondateur des Goums, hommes de lettres et d’entreprise, ses écrits ont nourri des générations de jeunes, et cela continue aujourd’hui ! Rencontre avec celui qui s’évada trois fois d’un stalag et parcouru à pied des milliers de kilomètres au désert… avec les Goums.


- Votre itinéraire est une longue marche. Selon vous, quel est le ressort de l’action ?

Michel Menu : Comme tout homme, dans ma vie je me suis trouvé devant des situations où il fallait prendre des décisions de fond, la marche au désert m’a appris que, malgré le tumulte du monde et la surabondance des informations, il existe un lieu au cœur de l’Eglise où l’homme peut se recentrer pour chercher la vérité sur soi, le monde et Dieu… et apprendre à aimer.


- Vous avez créé les Goums en 1969. De quoi s’agit-il ?

M M : Le Goum c’est quitter sa famille, sa terre, pour marcher 8 jours (c’est un minimum) au désert. On part en pauvre, sans argent, sans cigarettes, sans téléphone… La pauvreté, c’est un passage nécessaire pour renaître. Et puis on se met à marcher, pour mettre le cœur en rythme. On découvre alors dans ce rythme la nécessité du silence, la présence de Dieu. Ce dépouillement permet à l’homme de se voir tel qu’il est, au-delà du paraître, avec en arrière fond la question du sens de l’existence. Dans la société que nous connaissons, c’est la condition pour être libre.


- Pourriez-vous nous décrire la journée type d’un Goum ?

M M : Lever avec le soleil, messe, repas, méditation (1 heure), marche toute la journée, repas à l’arrivée au bivouac, veillée et prière du soir. Je précise que nous dormons toujours dehors, sous les étoiles. En outre le raid Goum est mixte (cela n’a jamais posé de problème). Ceci nous permet de retrouver une règle de vie.


- Qu’est-ce que cela vous apporte, à vous ?

M M : Je ne fais plus de raids Goum depuis 8 ans. Pour moi c’est l’occasion de redécouvrir l’Evangile, car « heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ». Au fond, cela m’apprend à vivre mon quotidien ordinaire en me libérant des asservissements que la société hyper communicationnelle impose.


- Des milliers de jeunes ont effectué ces raids. Quel est le profil type du goumier ?

M M : Vous avez bien sûr de nombreux catholiques qui désirent faire le point sur leur vie, leur vocation, leur attachement au Seigneur ; vous avez aussi des non-chrétiens qui viennent pour partager avec nous cette expérience assez radicale. Beaucoup ont d’ailleurs été retournés par le Seigneur sur le chemin, et les témoignages de conversions ne sont pas rares, loin de là ! Je pense aussi à un jeune qui a choisi d’entrer au séminaire après un Goum et qui depuis est .. devenu évêque d’un diocèse de Bourgogne. Je n’oublie pas non plus ceux qui sont entrés au séminaire quelques semaines après un raid.


- Il faut alors avoir un profil un peu « mystique » pour faire un Goum ?

M M : Oui et non, n’importe qui peut faire un Goum, à condition d’avoir une bonne santé physique. Si les étudiants sont bien représentés, les actifs sont là. Des époux, prêtres, séminaristes se pressent chaque année sur le chemin. Faire un Goum les aide à consolider leur engagement.


- Dans votre vie, quels sont les moments où vous avez perçu un appel à une plus grande profondeur existentielle ?

M M : La guerre, l’évasion, les décisions que j’ai eu à prendre,… m’ont formé pour découvrir le bon usage de la liberté. Le scoutisme m’a appris que le service était une libération.


- Le soir, à l’étape (je parle d’expérience), on est fatigué et c’est dur de ramasser le bois pour le feu…

M M : Vous avez raison. Le véritable amour du prochain demande que l’on se dépasse, surtout au moment où rien ne nous semble aller dans ce sens. Pourtant, il est un moment où le don de soi n’exige plus d’effort, car il s’identifie avec les plus secrètes aspirations de l’âme.


- Quel est le rôle du prêtre en Goum ?

M M : Le prêtre est indispensable. Il marche avec la petite vingtaine de goumiers, étant au milieu d’eux le ministre du Christ. Avec la messe, le sacrement de pénitence fait partie des sommets du Goum.


- Michel, un dernier mot…

M M : L’important, c’est de garder ses distances avec ce qui tue le silence intérieur, internet, la télévision… Chaque année, il faut prendre le temps de la pauvreté, d’une certaine solitude, de la prière, non pour s’arrêter de vivre… mais pour être en vérité, sous le regard de Dieu.


Propos recueillis en 2014 par Guillaume d'Alançon.

Pour toute info : www.goums.org


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